L'arrivée du train à Villers-Saint-Paul

Au début du XIXe siècle, la France est encore un pays dans lequel on voyage à 10 km/h dans l’inconfort des diligences. La lenteur du rythme des échanges entrave l’essor économique. L’apparition de la machine à vapeur provoque cependant une croissance sans précédent de la production industrielle et une véritable révolution dans les transports.

En 1827 est inaugurée la première ligne ferroviaire française entre Saint-Étienne et Andrézieux permettant de transporter le charbon vers les voies d’eau les plus proches. Le 26 août 1837, la première réservée aux voyageurs est inaugurée entre Paris et Saint-Germain-en-Laye.

Vers le milieu du siècle les grands axes de chemin de fer qui facilitent et accélèrent le transport des marchandises et des voyageurs se multiplient. L’État fixe le tracé des voies et prend à son compte les dépenses d’infrastructures : terrassement, ouvrages d’art…, mais il concède leur exploitation à de grandes compagnies privées – Compagnie de l’Ouest, Compagnie du Nord, P.L.M., Compagnie de l’Est… Le réseau ferré devient alors un facteur essentiel de l’aménagement du territoire. En 1843, Rouen est la première des grandes villes de province à accueillir un train venant de Paris. Progressivement, se dessine un réseau en étoile qui relie la capitale aux extrémités de la France. Le rail pénètre jusque dans les campagnes profondes. De modestes villages accueillent une gare, des hameaux reçoivent une halte.

La construction de la gare

Louis Philippe signe, le 15 juillet 1845, le décret autorisant la construction de la ligne de Creil à St-Quentin. Les travaux débutent en juin 1847 et se termine en octobre, pour le tronçon Creil-Compiègne. Elle ne nécessite pas d’importants ouvrages d’art, tout juste quelques ponts pour la traversée des routes. Un passage à niveau est alors installé à Villers-Saint-Paul.
La gare villersoise située au point kilométrique (PK) 52,864 de la ligne de Creil à Jeumont est construite en 1889. Elle ouvre en 1890 et regroupe différents bâtiments pour accueillir les voyageurs : guichet, entrepôts, maison du garde barrières…

A l’époque son emplacement a fait l’objet d’une polémique. La logique aurait voulu qu’elle se situe au centre de la commune dans le prolongement de la voie du Chaudron (aujourd’hui rue du Liberator), mais une rumeur de l’époque insinue que le Conseil municipal aurait choisi l’extrémité sud-ouest du village parce que le maire Alexandre Thuillot qui exploitait les cressonnières et cultivait des légumes dans les jardins du Marais, aurait préféré cet endroit pour faciliter l’expédition de sa production de cresson, de choux fleurs ou d’artichauts vers la capitale.

Le bâtiment se trouve donc à l’extérieur du village, mais rapidement les Villersois s’approprient ce nouveau moyen de transport simple, rapide et peu onéreux. Dés les premiers mois de sa mise en service en 1891 la station accueille 1915 voyageurs, dès l’année suivante la fréquentation devient importante avec 10 790 voyageurs et culmine en 1897 avec 18 927 personnes1.
Avec l’arrivée des employés de la SNCF la population de Villers-Saint-Paul va naturellement augmenter. Au recensement de 1896, 29 cheminots se sont déjà installés dans la commune avec leurs familles, ce qui représente une augmentation de près de 16% de la population totale.

Dans les années 1950 avec le développement de l’usine Kuhlmann, un arrêt sera créé aux abords du quartier des Prés Roseaux pour permettre aux ouvriers de limiter leur temps de trajet.

Malheureusement les frais de fonctionnement auront raison de la gare, qui sera rasée dans les années 1980. Les crises économiques successives rendront inutile la halte des Prés Roseaux qui sera elle aussi abandonnée en 1992.

De nos jours, la halte permet toujours une liaison vers Creil en 5 minutes et vers Paris en 40 minutes. Villers-Saint-Paul est desservie par des trains TER Hauts-de-France qui relient les gares de Paris-Nord, Creil et Compiègne. En 2009, la fréquentation de la gare était de 281 voyageurs par jour.

Avec l’aimable collaboration d’Evelyne Bonnecaze et de Bernard Develter.

1. Sources : association historique des chemins de fer.

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Texte paru dans le Bulletin municipal n° 87 - Hiver 2019.

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